À Toulouse, la crise de l’aéronautique se répercute sur l’immobilier de bureaux

« À Toulouse, il ne fait pas meilleur qu’ailleurs. L’immobilier tertiaire a souffert en 2020 avec seulement 63.000 m2 de bureaux commercialisés et une demande en repli de 53% par rapport à la moyenne des dix dernières années », résume Julie Pasques, la présidente de l’observatoire toulousain de l’immobilier d’entreprise (OTIE).

Les transactions ont aussi baissé de 36%. Principalement touchées, les transactions de plus de 1000 m2. Dans cette gamme, neuf transactions seulement ont été conclues en 2020 contre trente-trois en 2019. Une dégringolade qui s’explique par le recul des opérations clés en mains et des comptes propres. La transaction phare de cette année 2020 revient à Vitesco Technologies (filiale du groupe Continental), avec la prise d’une surface clés en main de 9300 m2. Le programme porté par l’investisseur Midi 2i et Bouygues Immobilier sera livré en 2022 à Basso Cambo.

Pour le reste, sans surprise, les sites proches de l’aéroport et des sites aéronautiques ont été très impactés, avec des transactions qui ont parfois fait les frais de la crise. Illustration avec Sonovision, filiale du groupe Ortec et acteur de l’aéronautique, qui avait acté avant la pandémie la location de 4800 m2 à Saint Martin-du-Touch et a demandé à réduire ces surfaces à 2500 m2.

Les investisseurs suspendus à la reprise de l’aéronautique

La situation s’est aussi tendue sur le marché des investissements. Alors que l’année 2019 s’était illustrée comme une année record avec des deals jusqu’à 100 millions d’euros, les spécialistes n’attendent pas de projets supérieurs à 50 millions d’euros cette année. « C’est une réalité, Toulouse est perçue comme étant “Airbus dépendante” et les investisseurs ont regardé la ville avec inquiétude ces derniers mois », indique Marc Delpoux, le directeur régional de BNP Paribas Real Estate. « Tant que l’aéronautique n’aura pas retrouvé des couleurs, l’immobilier de bureau va souffrir à Toulouse. » Et ce d’autant que les futurs projets de bureaux neufs, susceptibles de séduire les investisseurs au centre-ville de Toulouse, ne sortiront pas de terre avant 2023-2024.

Du côté des industriels, Airbus a élaboré plusieurs scénarii de reprise. Le plus optimiste prévoit un retour à la normale en 2023 tandis que le second mise plutôt sur 2025. L’avionneur assure cependant qu’il a réussi à échapper aux annulations sèches de commandes, simplement transformées en reports, et espère un frémissement de la demande sur la famille des monocouloirs entre 2022 et 2023.

Pour amortir le choc sur l’immobilier de bureaux, le secteur aéronautique compte sur le plan de relance qui prévoit notamment une enveloppe de 300 millions d’euros sur trois ans, portée par la direction générale des entreprises (DGE). L’objectif affiché est de moderniser les surfaces industrielles dédiées aux outils productifs. Autre promesse, mobiliser, via le Corac (Conseil pour la recherche aéronautique civile), des surfaces de bureaux et d’activités liées à la R&D et aux sociétés d’ingénierie et de service. Il s’agira de développer des technologies de rupture qui feront les aéronefs de demain. Un programme qui, selon Airbus, servira autant les PME et sociétés de services que les maitres d’œuvres industriels.

Béatrice Girard

Sur la photo : Vitesco Technologies installera ses bureaux dans un campus de 9300 m2 à Basso-Cambo en 2022. Crédit : Vitesco Technologies.

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