Le procès en destitution de Trump pour incitation à la révolte débute au Sénat

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Washington (AFP)

Le Sénat américain juge Donald Trump pour incitation à l’insurrection, mardi, en pénétrant sur un territoire constitutionnel sans précédent et en mettant à nu le traumatisme national infligé à l’ancien président dans sa tentative de renverser sa défaite lors de sa réélection.

Le marteau descendra à 13h00 (1800 GMT) au Sénat, ouvrant un procès qui devrait river une grande partie de la nation.

A l’intérieur du bâtiment orné, les procureurs démocrates exposeront une affaire fortement étayée par des preuves vidéo selon lesquelles M. Trump a délibérément alimenté la rage à propos de sa défaite électorale face à Joe Biden en novembre, a nourri le pays de mensonges selon lesquels le vote était truqué, puis a incité une foule à prendre d’assaut le Congrès le 6 janvier.

Cela rendra le visionnage inconfortable pour les sénateurs, y compris pour les nombreux républicains qui ont clairement indiqué qu’ils ne condamneront pas Trump, mais qui ont dû fuir en sécurité lorsque la foule violente a déferlé sur le Capitole ce jour-là.

A l’extérieur, des milliers de soldats de la Garde nationale déployés à la suite de la débâcle du 6 janvier continuent de patrouiller, tandis que des clôtures érigées à la hâte barrent la zone aux Américains ordinaires – preuve visible que les répliques de l’ère Trump continuent de gronder.

M. Trump devient le premier président à faire face à deux procès de destitution – il a été acquitté en 2020 pour abus de pouvoir – ainsi que le premier dans l’histoire à être jugé après avoir quitté ses fonctions.

Pour les démocrates qui mènent le procès contre le magnat populiste de l’immobilier, le crime de Trump est également une première – le “crime constitutionnel le plus grave” de l’histoire des États-Unis.

Mais son équipe juridique s’appuie largement sur l’argument procédural selon lequel un ancien président ne peut être jugé, qualifiant le procès du Sénat d'”absurde”.

Un deuxième acquittement est pratiquement certain pour Trump, qui se cache dans son luxueux hôtel de Mar-a-Lago en Floride et qui, après avoir été interdit de Twitter, a passé les semaines qui ont suivi son départ du bureau dans un silence quasi total.

Les démocrates détiennent 50 des 100 sièges du Sénat et le vice-président Kamala Harris est en mesure de voter pour mettre fin aux bris d’égalité. Mais il faudrait une majorité des deux tiers pour qu’une condamnation soit prononcée, ce qui signifie qu’au moins 17 sénateurs républicains devraient se joindre à eux.

– Pays polarisé –

Alors que le pays est au plus fort de sa polarisation depuis au moins un demi-siècle, le procès pour mise en accusation risque de devenir un nouveau point d’ignition.

Après quatre années de lutte pour les gens ordinaires contre les élites, les républicains continuent de soutenir l’ex-président, poussant leur parti toujours plus à droite.

Cependant, les démocrates sont tout aussi énergiques et les sondages montrent qu’une petite majorité du pays dans son ensemble pense que l’atout mérite d’être convaincu. Un sondage Ipsos/ABC News a révélé que 56 % des personnes interrogées sont d’accord avec cette affirmation, tandis qu’un sondage Gallup a révélé que 52 % des personnes interrogées sont d’accord avec cette affirmation.

On ne sait pas encore combien de temps durera le procès, mais il sera plus court que le marathon de trois semaines de la première destitution de Trump et pourrait se terminer dès la semaine prochaine.

Tout d’abord, il y aura jusqu’à quatre heures de débat, suivies d’un vote, sur la constitutionnalité du procès d’un ancien président. Ce ne sera presque certainement qu’une formalité puisque les démocrates ont suffisamment de voix, mais cela donnera une indication précoce de l’ouverture des républicains à cette affaire.

La partie principale du procès commencera mercredi, chaque partie ayant 16 heures pour présenter des arguments oraux.

Les sénateurs, qui sont les jurés, vont ensuite interroger les équipes juridiques adverses.

Un vote à la majorité sera nécessaire si l’une ou l’autre des parties souhaite appeler des témoins. Cependant, Trump a déjà refusé une invitation à témoigner.

– Biden au-dessus de la mêlée –

Biden, qui a succédé à Trump le 20 janvier dernier, tente de rester au-dessus de la mêlée.

Chaque jour, la Maison Blanche envoie le message que le démocrate se concentre plutôt sur la fragilité de l’économie et sur les efforts désespérés pour vacciner les Américains contre la pandémie de Covid-19, toujours incontrôlée.

Biden veut “laisser le Sénat s’en occuper”, a déclaré lundi l’attachée de presse de la Maison Blanche Jen Psaki.

Si Trump était reconnu coupable, le Sénat voterait alors à la majorité simple pour l’exclure de toute future fonction publique.

Mais même si le procès pour mise en accusation se termine par un acquittement, les appels visant à punir M. Trump pour son comportement au lendemain de l’élection se poursuivront, y compris peut-être une incitation à un vote de censure bipartisan.

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