Perspectives de la Banque de France 2021 : Tout sur l’efficacité et la qualité des actifs

S&P Global Ratings estime que les banques françaises vont jusqu’en 2021 capables d’absorber les chocs COVID-19. Cependant, un retour rapide à la rentabilité pré-pandémique est peu probable. Nos perspectives de notation sont négatives pour la plupart des banques françaises depuis avril 2020, date à laquelle la pandémie COVID-19 a éclaté et a déclenché une récession en Europe et dans de nombreux autres pays. Les perspectives négatives reflètent les déclassements possibles si les menaces sur la rentabilité s’accroissent, et nous pourrions être en mesure de prendre des mesures de notation sur certaines banques au cours du premier semestre 2021. Toutefois, les notations tiennent également compte de notre opinion selon laquelle les fondamentaux des banques françaises, qui ont des bilans solides et des activités bancaires et d’assurance diversifiées, restent sains et soutiennent leur solvabilité.

Les banques françaises ont prouvé qu’elles étaient mieux préparées à cette crise que la crise financière de 2008-2009, et cette fois-ci elles ont été amorties par un soutien sans précédent à l’économie locale de la part des autorités nationales et européennes. Contrairement à la crise précédente, les banques ne sont pas responsables de cette crise et font partie de la solution en aidant les entreprises et les ménages à la surmonter. L’économie française devrait continuer à se redresser en 2021, mais sa force dépend de la façon dont la pandémie se déroulera. S&P Global Ratings prévoit que le PIB de la France croîtra de 6,2 % cette année, contre 7,7 % précédemment, en raison des effets d’un second blocage à l’automne 2020, moins perturbateur que le premier au printemps, et de la persistance de mauvaises conditions de santé publique au début de 2021. Pour l’année dernière, nous estimons que les chocs COVID-19 ont réduit le PIB de 9 % en termes réels. Néanmoins, nous voyons plusieurs dangers pour les bénéfices des banques françaises cette année :

  • De nouvelles variantes de COVID-19 en France, qui pourraient nécessiter le maintien ou l’augmentation des restrictions jusqu’à ce que le programme de vaccination atteigne une masse critique.
  • Une augmentation des défauts de paiement et des prêts non performants de la part d’emprunteurs principalement des entreprises. Bien qu’ils soient relativement faibles à ce jour en raison du soutien fiscal et monétaire, ils devraient augmenter cette année. Cela est dû à la suppression progressive prévue des mesures de relance et à la nature de l’aide, qui s’apparente à de la dette et non à des fonds propres. Nous nous attendons à une augmentation des défauts de paiement, en particulier dans les secteurs les plus touchés par les mesures de verrouillage et les changements dans les habitudes de consommation des clients.
  • Le maintien de taux d’intérêt très bas, qui limitera les recettes même si l’économie se reconstruit.

La recherche de réductions de coûts est donc essentielle pour éviter une érosion prononcée de la rentabilité. Elle est d’autant plus importante pour les banques françaises que leur efficacité est modeste dans un contexte européen.

Alors que le déploiement des vaccins se poursuit dans plusieurs pays, S&P Global Ratings estime qu’il subsiste un degré élevé d’incertitude quant à l’évolution de la pandémie de coronavirus et à ses effets économiques. La vaccination généralisée, que certains pays pourraient réaliser d’ici le milieu de l’année, contribuera à ouvrir la voie à un retour à des niveaux d’activité sociale et économique plus normaux. Nous utilisons cette hypothèse sur le calendrier de vaccination pour évaluer les implications économiques et de crédit associées à la pandémie (voir notre recherche ici : www.spglobal.com/ratings). Au fur et à mesure de l’évolution de la situation, nous actualiserons nos hypothèses et nos estimations en conséquence.

S&P Global Economic Forecast Overview For France

%

2016

2017

2018

2019

2020e

2021f

2022f

2023f

Croissance du PIB réel

1.1

2.3

1.8

1.5

(9.0)

6.2

4.4

2.5

Inflation de l’IPC

0.3

1.2

2.1

1.3

0.5

0.7

1.3

1.2

Taux de chômage

10.1

9.4

9.0

8.5

8.2

9.4

9.2

8.8

Risques systémiques et idiosyncrasiques

L’évolution du risque économique et du risque industriel pour le secteur bancaire français est négative. Si notre perception du risque économique et du risque sectoriel se détériore, le point de départ que nous utilisons pour noter une banque nationale en France passera de “bbb+” à “bbb”.

Cela pourrait se produire si la prolongation de la crise sanitaire retarde un retour à l’activité économique qui détériore durablement les conditions d’exploitation des banques françaises. Les dégradations pourraient résulter non seulement d’un changement de notre vision du secteur bancaire, mais aussi d’une banque en particulier. Cela pourrait être le cas si, par exemple, une baisse de la rentabilité oblige une banque à restructurer son modèle d’entreprise. D’autres éléments déclencheurs pourraient être des faiblesses prononcées dans la qualité des actifs, les bénéfices ou la capitalisation, ou une baisse de la rentabilité par rapport à celle de ses pairs nationaux et internationaux”.

Des revenus modestes

Les recettes continueront à être sous pression au cours de l’année à venir. En effet, l’afflux important et coûteux de dépôts et la faible efficacité se heurtent à la nécessité d’investir davantage dans la numérisation ainsi qu’à la faiblesse des marges de prêt, notamment sur les prêts hypothécaires résidentiels, entre autres facteurs.

Avec la pandémie, les banques françaises ont accumulé d’importants flux de dépôts des particuliers et des entreprises – alimentés par l’aversion au risque et la crainte d’une crise économique – qui réduisent les marges nettes d’intérêt. Les ménages français ont freiné la consommation et augmenté massivement leur épargne, tandis que les entreprises, par précaution, ont tiré sur des lignes de crédit ou bénéficié de prêts garantis par l’État. Nous pensons que les flux de dépôts améliorent la liquidité, mais l’excès de liquidité peut être coûteux en raison du taux négatif (-0,50 %) de la Banque centrale européenne sur sa facilité de dépôt. Il reste à voir si les banques françaises répercuteront ces taux négatifs sur un éventail de plus en plus large de clients, autres que les particuliers, les institutions et les grandes entreprises actuellement très fortunés. Toutefois, il est peu probable, à notre avis, que les banques françaises imposent des taux négatifs aux clients de détail. Au contraire, elles favoriseront des stratégies visant à réorienter l’épargne vers des produits comme l’assurance-vie en unités de compte, qui pourraient générer des frais et des commissions.

Toutes les banques françaises visent à accroître leur efficacité tout en investissant dans la numérisation pour répondre aux besoins des clients. La question est de savoir comment cet effort conjoint permettra de rationaliser leurs opérations de banque universelle et de développer des activités génératrices de commissions, alors même que certains revenus de base historiques s’érodent inévitablement pour des activités rentables, comme les services de paiement, où la concurrence est féroce.

Le manque de discipline en matière de tarification des prêts hypothécaires résidentiels, pour attirer ou retenir les clients, s’est traduit par des marges d’intérêt extrêmement faibles pour les particuliers. En comparaison, sur de nombreux autres marchés européens, les marges des banques ont été suffisamment importantes pour maintenir la rentabilité l’année dernière et auparavant, lorsque les taux d’intérêt ont baissé. En France, une vague de refinancement des prêts au logement à mesure que les taux d’intérêt diminuaient, combinée à une concurrence intense entre les banques et à la présence de grands groupes bancaires mutualistes, a freiné la rentabilité ces dernières années. Tant que les pertes de crédit étaient faibles, ce qui était le cas jusqu’au début de la pandémie, ce n’était pas un problème majeur. Toutefois, maintenant que les pertes de crédit sont appelées à augmenter, les faibles marges sur les prêts au logement sont devenues un sujet de préoccupation croissant.

Parmi les autres facteurs qui favorisent ou entravent les perspectives de recettes pour 2021, nous relevons également les éléments suivants :

  • Les flux de bénéfices diversifiés des banques françaises maintiennent leur résistance, qui dépend moins de la baisse des marges d’intérêt que leurs homologues en Allemagne ou au Benelux (Belgique, Pays-Bas et Luxembourg). La part des revenus d’intérêts des banques françaises est généralement plus faible en raison de leur modèle économique universel, qui comprend généralement des activités d’assurance, de gestion d’actifs ou de banque d’investissement.
  • Les lock-out surtout réduisent les volumes de nouveaux crédits à la consommation. Cela nuit non seulement aux prêteurs axés sur la consommation, mais aussi aux grandes banques qui ont poussé cette activité en raison de leurs marges plus importantes que pour les prêts au logement. Cependant, les volumes de prêts pour les autres types de prêts, y compris les prêts aux entreprises et les prêts au logement, devraient rester élevés, ce qui favorisera la génération de revenus assimilables à une rente.
  • Les revenus des banques d’investissement sont cycliques et peuvent avoir du mal à égaler les sommets de l’année dernière, qui reposaient sur des rendements exceptionnellement élevés pour les titres à revenu fixe, les devises et les matières premières. Les revenus des actions ont été beaucoup plus faibles en raison d’une baisse des flux sur les marchés mondiaux et de l’échelle plus limitée des opérations françaises que dans d’autres banques, notamment américaines. Des banques comme la Société Générale et Natixis (une filiale à 100 % du groupe BPCE) ont enregistré d’importantes pertes au premier semestre 2020 lorsque leurs activités de dérivés structurés sur actions ont chuté après une vague d’annulations de paiements de dividendes, dont les banques n’avaient pas tenu compte dans leurs produits et stratégies sur actions.
  • Enfin, les néobanques ne constituent pas encore une menace concurrentielle car leurs modèles commerciaux ne se sont pas avérés rentables et elles restent des acteurs de niche. Grâce à d’importants investissements informatiques, les banques en place se numérisent, ce qui devrait en principe ouvrir de nouvelles voies de création de revenus.

Les charges de dépréciation resteront élevées en 2021

Nous estimons que le coût du risque pour les prêts domestiques des banques françaises restera élevé en 2021 à environ 50 points de base (pb) – et peut-être avec un taux d’écoulement plus élevé au quatrième trimestre 2020 et dans la première partie de 2021. Ce taux est bien supérieur à la moyenne française à long terme. Toutefois, certaines banques du pays, notamment BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole et, dans une moindre mesure, BPCE/Natixis, sont également actives au niveau mondial. Par conséquent, le coût national du risque ne représente qu’une fraction du total pour ces groupes, notamment parce qu’ils sont également actifs dans des juridictions à haut risque comme l’Italie (BNP Paribas et Crédit Agricole), la Russie (Société Générale) et la Turquie (BNP Paribas), et qu’ils ont de grands portefeuilles d’entreprises internationales.

Pour les banques françaises, nous estimons que le coût du risque en 2021 restera élevé mais sera inférieur à celui de 2020. En effet, les banques ont dû constituer des provisions importantes l’année dernière selon l’approche prospective de l’IFRS 9, alors que les défauts de paiement n’avaient pas encore augmenté. Les banques utiliseront largement ces provisions prospectives cette année au fur et à mesure des défaillances. Mais en même temps, comme la qualité des prêts va s’affaiblir à mesure que les banques déplacent leurs expositions vers des stades de risque de crédit plus faibles, elles continueront à faire face à un coût du risque élevé.

La crise COVID-19 va augmenter le coût du risque sur certains types de prêts plus que sur d’autres. Les entreprises, les petites et moyennes entreprises (PME) et les entrepreneurs des secteurs les plus touchés par la pandémie contribueront à l’essentiel de l’augmentation du coût du risque au niveau national.

Pour l’instant, la solvabilité des ménages pose moins de problèmes de crédit que celle des entreprises et des PME. L’une des raisons est que les prêts au logement en France continuent de présenter peu de risques fondamentaux. Les critères de souscription sont principalement axés sur la capacité de remboursement plutôt que sur la valeur de la propriété, de sorte que le lien entre le prix des maisons, les taux d’intérêt et les défauts de paiement est plus faible que sur d’autres marchés. En outre, les prêts à taux fixe sont plus fréquents que les prêts à taux variable. C’est un point positif, car ces prêts représentent généralement une part importante de l’activité des grandes banques nationales (voir graphique 2), en particulier le Crédit Agricole, BPCE ou le Crédit Mutuel. Deuxièmement, le lent assouplissement des normes de souscription des prêts à l’habitat observé ces dernières années a été stoppé par le Haut Conseil de Stabilité Financière français. Cela explique en partie la bonne tenue de leurs profils d’activité. Le coût du risque dans le portefeuille de prêts au logement est plus susceptible de dépendre d’une hausse du chômage que des prix des logements. Nous pensons que le taux de chômage, qui devrait augmenter dans les deux prochaines années pour atteindre un peu moins de 10 %, influencera les taux de défaillance et, en fin de compte, le coût du crédit sur les prêts hypothécaires. Cela dit, il a été extrêmement bas au cours des 25 dernières années et devrait rester bien en dessous de 10 points de base en 2021.

Banques françaises : Estimations des pertes de crédit domestiques de S&P Global Ratings

Pertes de crédit réelles et prévues

2017

2018

2019

2020f

2021f

2022f

Entreprise

0.32

0.30

0.35

0.80

0.80

0.60

PME et entrepreneurs

0.35

0.30

0.40

1.20

1.20

1.00

Individus – autres

0.48

0.48

0.50

1.00

1.20

1.00

Particuliers – hypothèque

0.05

0.05

0.05

0.07

0.08

0.08

Autres agents*.

0.02

0.02

0.02

0.03

0.03

0.03

Total

0.18

0.17

0.20

0.50

0.52

0.43

Les banques françaises peuvent être confrontées à un risque de crédit plus élevé à l’expiration des moratoires sur le remboursement des prêts, une mesure COVID-19 visant à protéger les emprunteurs. En juin 2020, les banques françaises, espagnoles et italiennes ont signalé les plus grands volumes de prêts soumis à des moratoires parmi les banques européennes. Pour les banques françaises, environ 60 % des moratoires ont expiré en septembre 2020. Le Crédit Agricole a indiqué dans son rapport sur les résultats du troisième trimestre 2020 que 97 % des prêts dont les délais de paiement en France avaient expiré ont repris leurs paiements. Nous pensons que la proportion est à peu près la même pour les autres grandes banques françaises. Cependant, certains pays voisins où les banques françaises ont des opérations importantes ont annoncé une prolongation automatique des moratoires au-delà de la fin de l’année, comme l’Italie ou la Belgique. En France également, les banques envisagent d’offrir de nouveaux moratoires, si nécessaire, étant donné la résurgence de la pandémie au début de 2021.

Contrairement aux prêts aux particuliers, nous nous attendons à ce que les prêts aux entreprises et aux petites entreprises soient soumis à une pression plus intense dans les banques françaises. Pourtant, la concentration des crédits propres aux banques est importante, étant donné l’impact économique inégal de cette crise. Les principales poches de risque de crédit comprennent les PME et les secteurs cycliques tels que le tourisme, l’hôtellerie, l’énergie et les transports. L’hébergement et la restauration font partie des secteurs qui ont largement utilisé le système français de prêts garantis par l’État.

L’immobilier commercial est un autre secteur d’entreprise que nous surveillons de près. Avec la reprise économique, les bureaux et les centres commerciaux pourraient être confrontés à une augmentation du taux d’inoccupation et à une modification de la demande de la part des locataires, un nombre croissant de personnes travaillant à domicile et faisant leurs achats en ligne. Cela pourrait détourner les investisseurs vers d’autres actifs, entraîner une baisse des prix de l’immobilier commercial français et, en fin de compte, accroître le risque de refinancement pour les emprunteurs. Toutefois, nous pensons que les banques françaises peuvent généralement gérer les risques liés à leur exposition à l’immobilier commercial, que nous estimons à plus de 220 milliards d’euros, soit environ 2,5 % du total des actifs, dont plus de la moitié en France. L’exposition a augmenté avant la crise, mais seulement suffisamment, selon nous, pour affaiblir la qualité des actifs et non pas mettre les banques en péril. L’exposition aux promoteurs immobiliers et aux courtiers en immobilier plus risqués est plus faible, à environ un tiers de l’exposition totale à l’immobilier commercial.

La nécessité de modèles d’entreprise plus simples et plus rentables

La pandémie a sans doute renforcé la nécessité pour les banques françaises de passer à des modèles économiques plus souples et plus agiles. Depuis plusieurs années déjà, les banques ont réalisé d’importants investissements non seulement pour adapter leurs systèmes et produits informatiques à l’ère numérique, mais aussi pour répondre aux exigences accrues en matière de conformité et de réglementation. Dans le même temps, elles cherchent à développer de nouveaux services personnalisés pour créer de nouvelles sources de revenus afin d’inverser la tendance à la baisse des revenus de première ligne, en réponse à la concurrence des fintechs et aux mouvements potentiels des Big Tech. Les banques sont confrontées à la tâche urgente de générer des gains de productivité par l’automatisation, l’intelligence artificielle et la réduction de leurs réseaux de succursales.

Avec l’évolution des attentes des clients, leurs relations avec les banques deviennent plus numériques – une opportunité de réduire les coûts opérationnels. Les banques françaises visent donc à adapter les réseaux de détail à l’évolution des besoins des clients ainsi qu’à leurs propres objectifs de rentabilité. Les clients des banques, en particulier les PME et les entreprises, continueront à avoir besoin d’interactions physiques pour les services à valeur ajoutée ; les ménages en auront besoin pour les prêts à l’habitat. Pourtant, dans certains pays, comme les Pays-Bas, le nombre d’agences pour 100 000 habitants n’est que de 8, contre 54 en France, 32 en Allemagne et 12 au Royaume-Uni (voir graphique 5). La France est désormais le principal marché européen avec le plus grand nombre d’agences, car les banques ont été beaucoup plus lentes à fermer des agences, étant donné que leurs clients les plus rentables ont tendance à être plus âgés et attachés à leur agence locale, et que le pays est plus grand et moins densément peuplé. Néanmoins, maintenant que les clients sont engagés dans des activités bancaires plus transactionnelles et qu’ils adoptent plus activement les nouvelles technologies, la valeur des grands réseaux d’agences fait l’objet d’une surveillance accrue.

Dans un mouvement qui impliquera davantage de fermetures d’agences, la Société Générale a annoncé deux initiatives stratégiques majeures dans le commerce de détail français. Tout d’abord, une fusion de ses réseaux de détail avec ceux du Crédit du Nord en France. Deuxièmement, l’accélération du développement de sa banque en ligne française, Boursorama. Mais le réseau d’agences n’est qu’un aspect parmi d’autres de l’équation de l’efficacité. Tout aussi importante que la réduction absolue des coûts est la capacité des banques françaises à exploiter les possibilités de ventes croisées dans les domaines de l’assurance, de la banque privée et de la gestion d’actifs et à opérer via des plateformes numériques, qui leur permettent de fonctionner avec des coûts fixes et une évolutivité modestes. L’intérêt pour les banques françaises est d’investir pour générer davantage de flux de revenus par le biais des canaux numériques et du conseil à la clientèle plutôt que de réduire uniquement les coûts absolus du réseau physique.

Les perspectives sont limitées pour les fusions nationales

Nous assisterons probablement à une consolidation plus rapide du secteur bancaire européen au cours des prochaines années, en commençant par les marchés les plus fragmentés. En l’absence d’une Union bancaire européenne complète et finalisée, la région connaîtra probablement une consolidation essentiellement nationale, comme c’est déjà le cas en Espagne ou en Italie. Pour les banques françaises, au lieu de fusions, nous nous attendons à des acquisitions ponctuelles, la voie privilégiée par les grandes banques pour une croissance inorganique. Ces acquisitions se font généralement en combinaison avec des partenariats visant à étendre les réseaux de distribution de produits dans divers segments : crédit à la consommation, gestion d’actifs et assurance, par exemple. Ces dernières années, nous avons vu un certain nombre d’initiatives, notamment l’offre publique d’achat en numéraire de Credit Agricole Italia sur la banque italienne de taille moyenne Credito Valtellinese, qui renforcerait la position et la taille de la banque française sur le marché italien, son deuxième marché. Dans le même ordre d’idées, BNP Paribas Fortis (la filiale belge de BNP Paribas) a l’intention d’acquérir la totalité de la banque Bpost, qui fournit des services financiers dans le réseau postal belge. La consolidation transfrontalière des banques d’importance systémique est une tâche plus complexe, qui pourrait entraîner des exigences supplémentaires en matière de fonds propres pour l’entité combinée en raison d’une augmentation des réserves pour les banques mondiales d’importance systémique. En outre, l’achat d’un réseau de succursales dans un autre pays et la migration des systèmes informatiques sont des tâches longues et coûteuses, qui pourraient augmenter les coûts de restructuration ou retarder la réalisation de synergies.

Les initiatives ESG se multiplient

Quant à la gouvernance économique et sociale (ESG), nous pensons que la perturbation économique résultant de la pandémie est une opportunité de réorienter l’économie française, de la rendre plus verte, plus inclusive et plus productive. Cela favorisera les initiatives liées aux questions ESG dans les banques françaises qui traitent du changement climatique et de la transition énergétique, ainsi que de leurs risques financiers. Dans le cadre du Réseau pour l’écologisation du système financier, les autorités françaises (ACPR et la Banque de France) ont lancé une étude sur la réalisation de tests de résistance au changement climatique pour les banques du pays. En même temps, la CCAR a publié, conformément à la loi de transition énergétique, deux rapports sur les risques climatiques pour les secteurs français de la banque et de l’assurance. De plus, elle a créé une Commission Climat et financement durable chargée de suivre les engagements pris par les institutions financières et, conjointement avec l’Autorité des marchés financiers, de publier des rapports annuels sur les progrès accomplis. Bien que les banques françaises soient en avance sur les autres banques dans le monde en ce qui concerne l’adoption de stratégies de développement durable, le défi consiste à transformer ces stratégies en opportunités commerciales avec des revenus récurrents.

Les ratios de capital devraient rester solides

La pandémie réduit les chances que les banques françaises se dotent de capitaux dans les deux prochaines années. Toutefois, leurs ratios de fonds propres sont beaucoup plus élevés qu’avant la crise financière de 2008-2009.

Pour les banques coopératives françaises, nous nous attendons généralement à une baisse modérée de la capitalisation cette année, même si elles conservent la plupart de leurs bénéfices. En effet, nous nous attendons généralement à ce que leurs portefeuilles de prêts augmentent beaucoup plus vite que leurs bénéfices nets. Cette baisse de la capitalisation ne changera pas de manière substantielle notre opinion sur la qualité de leurs fonds propres et l’absence de demandes de modification de la politique en matière de capital de la part des actionnaires.

La question est différente pour les banques cotées en bourse. La BCE a partiellement levé les restrictions sur les paiements fin 2020, mais nous pensons que les banques ne normaliseront probablement pas leurs politiques de dividendes avant un certain temps, car les autorités de contrôle restent prudentes. Les paiements des bénéfices de 2020 sont en effet soumis à des limites strictes (voir “Une reprise mesurée des distributions aux actionnaires n’affectera pas la notation des banques européennespublié le 16 décembre 2020). Pourtant, ces banques sont confrontées à un nombre croissant d’appels d’actionnaires les invitant à distribuer des bénéfices, lorsque cela est autorisé. Nous assistons donc à une période prolongée de faible rentabilité, qui suscitera plus de questions sur la stratégie et les choix que dans les groupes coopératifs, qui ont une stratégie à plus long terme.

Comme nous l’avons mentionné plus haut, nous ne pensons pas que le coût élevé du risque cette année compromettra l’adéquation des fonds propres des grandes banques françaises et limitera leur capacité à prêter au secteur privé. Nous nous attendons à ce que notre mesure des actifs pondérés en fonction des risques (APR) augmente de 3 à 5 % en raison de la croissance des prêts et de la migration du crédit, conformément à une augmentation des APR réglementaires. Les risques de marché devraient augmenter en raison de la réinitialisation des paramètres de la valeur à risque dans le calcul des pondérations de risque. D’un point de vue réglementaire, étant donné que l’exposition pour la partie garantie des prêts dans le cadre du régime de garantie de l’État se substitue au souverain français, l’impact sur la mesure réglementaire et notre propre mesure de l’encours de crédit sera très modeste. Le régime, cependant, renforce le lien entre la solvabilité des banques françaises et celle du souverain.

Nous estimons qu’une détérioration de notre score de risque économique pour la France, qui passerait de 3 à 4, augmenterait généralement notre mesure du capital ajusté au risque de 100 points de base pour les banques du pays qui ont la diversification géographique la plus limitée.

Éléments de notation pour une sélection de banques françaises

Banque ou groupe bancaire

ICR à long terme / perspectives

Position des entreprises

Capital &amp ; revenus

Position de risque

Financement &amp ; liquidité

Groupe SACP

Type de soutien

Nombre d’encoches de soutien

Ajustement supplémentaire des facteurs

BNP Paribas

A+/Négatif

Très fort

Adéquat

Adéquat

Moyenne/Adéquate

a

ALAC

1

0

Groupe Crédit Agricole

A+/Négatif

Fort

Adéquat

Fort

Moyenne/Adéquate

a

ALAC

1

0

Société Générale

A/Négatif

Adéquat

Adéquat

Adéquat

Moyenne/Adéquate

bbb

ALAC

2

0

BPCE

A+/Négatif

Fort

Fort

Adéquat

Moyenne/Adéquate

a

ALAC

1

0

Groupe Crédit Mutuel

A/Négatif

Fort

Fort

Adéquat

Moyenne/Adéquate

a

N/A

0

0

La Banque Postale

A/Stable

Adéquat

Adéquat

Modéré

Supérieur à la moyenne/forte

bbb

Groupe

2

0

Dexia Credit Local

BBB/Stable

Adéquat

Adéquat

Faible

Inférieur à la moyenne/ Modéré

bb

GRE

3

0

RCI Banque

BBB/Négatif

Faible (-2)

Fort

Adéquat

Inférieur à la moyenne/ adéquat

bbb-

N/A

0

1

PSA Banque France

BBB+/Négatif

Faible (-2)

Fort

Adéquat

Inférieur à la moyenne/ adéquat

bbb-

Groupe

2

0

Carrefour Banque

BBB+/Négatif

Faible (-2)

Fort

Modéré

Inférieur à la moyenne/ adéquat

bb+

Groupe

3

0

Oney Bank

BBB/ Positif

Faible (-2)

Modéré

Modéré

Moyenne/Adéquate

bb

Groupe

3

0

Socram Banque

BBB/Négatif

Faible (-3)

Très fort

Adéquat

Inférieur à la moyenne/adéquat

bbb-

Groupe

1

0

Recherche connexe

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