Refuser d’investir dans l’agriculture relève d’une vision à court terme

Opinion

Il est tentant de chercher dans l’ombre une stratégie ou, à défaut, une sombre et profonde conspiration derrière la réticence des trois provinces des Prairies à soutenir les changements proposés au programme Agri-stabilité.

Le programme de soutien du revenu agricole, dont les coûts sont partagés à 60-40 par les gouvernements fédéral et provincial, indemnise les agriculteurs participants si leur revenu agricole moins les dépenses admissibles tombe sous un certain seuil.

Ce seuil est fondé sur une moyenne mobile des revenus antérieurs de l’agriculteur, ce qui vise à stabiliser l’entreprise agricole sans soutenir les mauvais gestionnaires.

Les agriculteurs et leurs organisations se plaignent depuis des années que le programme ne fonctionne pas correctement et que de nombreux producteurs abandonnent tout simplement. Cela laisse le secteur agricole primaire vulnérable à une volatilité accrue, ce qui augmente le risque et décourage la croissance. Un secteur primaire en difficulté se répercute rapidement sur la chaîne de valeur et se répercute sur l’économie en général.

Enfin, après des années de lobbying, le gouvernement fédéral a offert en novembre dernier de soutenir des changements conformes à ce que les organisations de producteurs ont déclaré nécessaire. Ces changements permettraient aux agriculteurs de se qualifier plus facilement pour une indemnisation et d’augmenter le montant qu’ils reçoivent.

L’exemple fourni illustre que ces changements pourraient faire la différence entre un céréalier des Prairies recevant 4 000 $ du programme ou 75 000 $.

Bien sûr, cela augmente aussi le coût potentiel pour les contribuables d’environ 170 millions de dollars par année, dont environ 68 millions de dollars proviendraient des provinces.

L’Ontario, la Colombie-Britannique, l’Île-du-Prince-Édouard et le Québec sont d’accord avec le plan. Les trois provinces des Prairies ne se prononcent pas. Au moins deux des provinces récalcitrantes doivent se prononcer pour que les changements aillent de l’avant dans le cadre de l’accord fédéral-provincial sur le soutien de l’agriculture au Canada.

Leur silence est assourdissant, ce qui a incité la ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Marie-Claude Bibeau, à faire monter un peu la pression cette semaine.

” Cela fait un peu plus de 110 jours que nous avons fait l’offre aux provinces d’améliorer le programme Agri-stabilité. Nous demandons aux trois provinces des Prairies d’indiquer clairement si elles vont signer ou non”, a-t-elle déclaré dans un communiqué. “Nous aimerions savoir : avez-vous présenté la proposition à vos Premiers ministres et à vos cabinets ? Sont-ils favorables à ces changements ?”

Cela n’aide pas que la pandémie en cours a pris un lourd tribut sur les coffres du gouvernement, donc construire des coûts supplémentaires dans un programme pour soutenir un secteur qui pour le moment ne souffre pas est une vente difficile pour les gardiens du Trésor.

En fait, les revenus agricoles sont en hausse et la valeur nette augmente, comme l’indique le rapport annuel Valeur des terres agricoles publié cette semaine par Financement agricole Canada.

Le prix des terres agricoles a augmenté en moyenne de 5,4 p. 100 à l’échelle nationale (3,6 p. 100 au Manitoba) en 2020. L’analyse du ministère fédéral montre que le revenu monétaire net agricole moyen a augmenté d’un pourcentage record de 21,8 % en 2020. Plus de 70 % des exploitations agricoles sont en voie d’enregistrer des revenus rentables en 2021.

Avec la bonne conjoncture agricole, les provinces ne recevront pas de plaintes des contribuables s’ils rechignent à payer davantage en subventions agricoles. Les agriculteurs peuvent être mécontents, mais il est peu probable qu’ils changent leurs habitudes de vote. L’exposition politique des gouvernements est donc faible.

Cependant, les bons moments dans l’agriculture sont précisément la raison pour laquelle les gouvernements devraient soutenir les changements de programme.

L’âge moyen des agriculteurs au Canada est de 56 ans. La hausse de la valeur des terres est une bonne occasion pour les agriculteurs proches de la retraite d’envisager de se retirer. Bien qu’il puisse être intéressant pour certains de vendre et d’encaisser, il sera également intéressant de conserver leurs terres et de les louer.

L’accès aux terres louées réduit une barrière importante à l’entrée pour les jeunes agriculteurs ou les agriculteurs débutants, surtout lorsqu’il est combiné à des prix élevés des produits de base et à des taux d’intérêt bas. Mais les agriculteurs débutants sont généralement plus fortement endettés et plus vulnérables aux risques commerciaux liés aux pertes de production ou de marché.

Ils ont davantage besoin de mesures de protection comme Agri-stabilité que les agriculteurs établis qui ont accumulé des capitaux propres.

De plus, l’agriculture contribue de façon importante aux économies des provinces des Prairies, qui compteront sur sa performance pour soutenir une reprise post-pandémique.

Refuser d’investir, c’est faire preuve de myopie, purement et simplement.

Laura Rance est vice-présidente du contenu pour Glacier FarmMedia. Vous pouvez la joindre à l’adresse suivante : lrance@farmmedia.com



Tout savoir sur l’immobilier en rhone-alpes